Restitution des résultats du Forum ouvert

Fiches ateliers collés sur le journal : restitution du contenu des ateliers
Pascal JARRY - chef de projet Participation Citoyenne au Conseil Départemental de la Haute-Garonne

« La mission qui m’a été confiée était d’aller butiner de groupe en groupe. J’ai essayé d’avoir une écoute la plus objective possible, même si elle a forcément été déformée par mon travail de tous les jours et par ce qui me préoccupe au quotidien dans ma vie personnelle. Mon but c’est de vous redonner votre travail. Ce n’est en aucun cas une synthèse, mais ce sont mes réactions à ce que j’ai entendu. Et cela nous permettra collectivement de pouvoir dégager des points de repère ensemble. »

DES ESPACES DE PARTICIPATION QUI IMPACTENT LEURS MEMBRES ET LEURS COMPÉTENCES

La problématique de l’impact des démarches participatives a été récurrente au sein des différents groupes de travail. Quel est impact de la participation sur les décisions prises, sur les projets, surtout sur les personnes ? Que feront les citoyens de cette exigence démocratique qui leur aura été donné comme si c’était une fin en soi? Cette question se pose notamment pour les structures menées à disparaitre-les « CDD de la participation »- comme les conseils citoyens par exemple. Lorsque nous observons le profil des individus qui s’investissent spontanément dans des espaces de participation citoyenne, nous remarquons que ce sont des gens ayant déjà des savoir-faire de militance (politique, syndicale ou associative) et qui décident de les réinvestir dans des instances de participation. Ainsi, ces instances deviennent aussi des espaces d’expérimentation dans lesquels il est possible d’acquérir et de transférer des compétences.

L’IMPORTANCE DU BIEN-ÊTRE DANS L’EXERCICE D’UNE PARTICIPATION UTILE

Les instances de participation ne se résument pas à l’organisation de réunions publiques monotones. Aux yeux des participants, elles apparaissent aussi comme des lieux de rencontres, de convivialité et même de festivité. Ce caractère festif peut d’ailleurs servir de point d’accroche pour inciter à la participation, notamment auprès des jeunes. Cette constatation interroge sur les outils et les méthodes à déployer pour déclencher le passage à l’action des plus récalcitrants et générer du plaisir à participer. Il est nécessaire de trouver comment susciter de l’intérêt chez le citoyen, afin qu’il puisse donner de leur temps au service de projets collectifs. Parallèlement se pose la question l’utilité de la participation pour les projets de territoire. Cette utilité peut être partagée entre le citoyen, qui œuvre pour son cadre de vie ; l’élu, qui voit se dessiner son projet politique ; et le technicien. La collaboration participative est aussi l’occasion de produire de l’innovation grâce à l’apport croisé de compétences et de savoirs de la part de chacune des parties prenantes.

LA REPRÉSENTATIVITÉ DANS LA PARTICIPATION

La recherche de représentativité est une thématique ayant questionné les participants, certains se demandant comment atteindre une répartition équitable entre les différentes catégories socio-professionnelles ou entre les sexes au sein des structures participatives. D’autres abordaient plutôt le recours à la solution du tirage au sort ou encore celle d’une sélection après soumission d’un questionnaire. Certains canaux comme le tirage au sort peuvent être difficile à mettre en place, les habitants ne répondant pas forcément à l’appel -notamment dans les quartiers de la politique de la ville. C’est peut-être en fait la multiplicité des canaux qui permettrait d’améliorer le processus délibératif. Questionnaires, tirages au sort, groupes de quartier, conseils citoyens, acteurs locaux… ce sont autant de ressources pour mobiliser les citoyens au service de la participation.

MODE DE PRISE DE DÉCISION : CONSENSUS OU DISSENSUS ?

Suite à cette volonté de réunir des gens d’horizon parfois très différents, nous retrouvons dans les ateliers la question du choix du mode de prise de décision : consensus ou du dissensus ? Les instances de consultation/concertation ont-elles vocation à exprimer uniquement des idées partagées par tous leurs membres ? Des exemples de procédés organisationnels ont été donnés, comme dans certains conseils citoyens où l’on assiste à la remise en débat d’une question lorsque plus de 50% des membres se montrent en désaccord avec la formalisation d’une réponse donnée.
Cette réflexion amène à se demander où se trouve réellement l’information importante pour contribuer à la prise de décision d’élus dans l’attente d’un avis de la part d’une instance participative. Est-ce uniquement dans l’avis majoritaire, ou à l’inverse dans l’ensemble des avis, qu’ils soient consensuels ou en dissension ? Dans cette deuxième catégorie, nous retrouvons l’exemple de certains conseils de développement qui formalisent leurs contributions en faisant apparaitre un avis majoritaire, mais aussi des points de dissensus et des contributions individuelles.

PRENDRE LE TEMPS DE DÉFINIR LE RÔLE DE CHACUNE DES PARTIES PRENANTES, DE METTRE EN ŒUVRE EN TOUTE TRANSPARENCE

La réflexion sur le mode décisionnel à adopter renvoie à la question du rôle de chacun dans les démarches participatives. Comment se formalise le contrat qui détermine les liens entre les différents acteurs de la participation, qu’ils soient associatifs, fonctionnaires territoriaux ou encore tiers extérieurs au territoire ? En émerge l’idée de mettre en place un contrat afin que chacun puisse, en toute transparence, avoir connaissance et accepter le rôle qui lui est attribué dans la participation. Cette formalisation peut demander du temps, ce qui peut sembler contraignant en participation citoyenne où la volonté d’agir rapidement est de rigueur. Cet empressement est exacerbé au niveau politique par les changements réguliers de majorité. Il s’oppose à la stabilité des habitants qui s’établissent sur un territoire de façon pérenne et pour lesquels il est nécessaire de prendre le temps, d’écouter leur parole dans le respect et la confiance. En apparence chronophage, ce temps d’écoute que les participants ont nommé «slow dating » (par opposition au concept du speed dating,) peut se révéler bénéfique pour éviter le ralentissement de certains projets par une société civile n’ayant pas été informée en amont. L’idée du slow dating peut alors se résumer par la formule « Il vaut mieux agir que subir le temps ». Ne reste qu’à déterminer comment les parties prenantes programment ensemble du temps pour une réflexion commune sur un projet donné, mais aussi comment accorder une traçabilité de la parole citoyenne provenant de ces instances participatives. Cette dernière exigence donnerait l’opportunité au citoyen d’avoir une visibilité sur ce qui est fait de son engagement, sur la contribution de sa participation à la décision politique finale. Une possibilité serait de faire apparaitre sur les rapports de délibérations politiques les opinions des instances participatives ayant motivé les décisions considérées, ce qui nécessite une écoute mutuelle et une fidélité dans la retranscription des idées.

PARTICIPATION : DE LA RÉFLEXION A L’ACTION EN VUE D’UNE GOUVERNANCE PLUS DÉMOCRATIQUE

Toutefois, la participation ne se résume pas à la réflexion théorique. Elle peut également prendre une forme plus concrète par l’action des engagés sur le terrain. Cette forme d’engagement a été mise en valeur dans l’atelier sur l’engagement volontaire des sapeurs-pompiers, mais les exemples sont multiples : engament dans un jardin partagé, soutien scolaire…  Différentes par leurs formes, ces activités contribuent toutes à l’intérêt général, mais aussi à sortir le citoyen du rôle de simple consommateur pour le rendre acteur de son propre territoire. L’appropriation progressive du citoyen de son environnement est une transition qui bouscule les gouvernances politiques actuelles, incitant à plus de démocratie : plus de démocratie participative (diminution des processus strictement descendants, animation participative des services publics…), mais aussi plus de gouvernance partagée au sein même de la sphère politique (nécessité pour les instances territoriales d’intégrer au maximum les élus locaux afin qu’ils puissent effectivement servir de relais auprès de la société civile).

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